Le Jeûne & les Religions

Jeûne et Religions

« La dimension spirituelle du jeûne »

 

Depuis la nuit des temps, il semble que l’humanité ait toujours entretenu un rapport à une forme de transcendance, une entité ou une force supérieure à elle. Qu’elles soient animistes, païennes, chamaniques, polythéistes ou monothéistes, ces spiritualités ont un point commun récurrent : la pratique du jeûne. Cette constance dans l’Histoire du jeûne et des religions le montre : la privation de nourriture a toujours eu pour l’être humain une dimension spirituelle, initiatique ou cathartique.

Le jeûne, avec ses connotations religieuses et rébarbatives, parait encore comme une pratique marginale et anachronique. Pourquoi ses différents courants religieux ont-ils donc intégré le jeûne dans leur coutume ? Retrouvez ci-dessous quelques-unes de ces expressions.

Jeûne & ChristianismeLe Christianisme

L’Ancien Testament compte de nombreux exemples de jeûnes, pratiquée par de simples juifs en captivité, comme par des prophètes et même des figures royales, comme David ou Esther. En effet, la première mention de jeûne volontaire se rapporte au roi David, alors qu’il supplie Dieu de sauver la vie de son fils. Plus tard, l’Ancien Testament fait le récit des jeûnes de Daniel, réalisés pour prouver la fidélité et la faveur de Dieu envers eux, malgré leur captivité. Plus tard encore, quand le prête Esdras ramène de Babylone 40000 Israélites pour reconstruire Jérusalem, il décrète un jeûne collectif, afin de demander à Dieu sa protection, pendant la traversée du désert, plus tard encore Néhémie puis la reine Esther joigne le jeune à la prière pour intercéder en faveur de Jérusalem et du salut du peuple d’Israël, menacés de mort.

Le Nouveau Testament relate que Jésus commence son ministère par 40 jours de jeûne et de prière. 40 jours pendant lesquels il résiste à diverses tentations de Satan. Plus tard, il encourage ses disciples à associer le jeûne à la prière. Mais cela doit rester quelque chose de personnel et secret, entre soi et Dieu.

Aujourd’hui …

Les Catholiques jeûnent le mercredi des Cendres, marquant le début du Carême, et le vendredi Saint précédant Pâques. Les objectifs respectifs de ces deux rendez-vous de pénitence : réparer et renoncer au péché, et se préparer à la rencontre de Pâques, marquant la mort et la résurrection du Christ. Quant aux Protestants, ils pratiquent le jeûne de façon plus libre, comme une façon de se détourner de la routine et de dire adieu que les motifs qui les amènent à prier sont plus importants que le manger et le boire.

D’une façon générale, le jeûne chrétien est lié à la repentance, à l’humilité et à la supplication. Il incarne un certain dépouillement, une expression de plus grande dépendance à Dieu et une recherche de sa volonté.

Jeûne & IslamL’Islam

Le jeûne est l’un des cinq piliers de l’islam. Il se pratique pendant le ramadan, le 9e mois du calendrier hégirien. Les musulmans le considèrent comme le mois saint par excellence, ou le mois de la charité. Chaque jour, durant cette période, les fidèles renoncent à manger, à boire, à fumer et à avoir des relations sexuelles, de l’aube au coucher du soleil.

Pour les musulmans, le ramadan est important parce qu’il commémore le mois où « le Coran descendit comme direction pour les hommes », révélé au prophète Mahomet pour l’archange Gabriel. Ce mois de privation revêt plusieurs enjeux pour le croyant. Le premier d’entre eux est la remise en question, le retour à Dieu. Cette épreuve est un test de piété et de crainte du tout-puissant. Symboliquement il s’agit d’un mois béni ou le mal est enfermé et le bien est libéré. L’objectif est donc de devenir meilleur durant cette période et de le rester durablement.

Le second enjeu pour le croyant, c’est de réfléchir sur soi-même et sur ses relations : sa relation à Dieu, aux autres et à soi-même. Le ramadan est une période propice pour réfléchir à sa vie, à son sens, et pour rechercher la repentance et le pardon. La pratique du jeûne est alors pour le croyant un moyen d’attirer sur lui la miséricorde divine et la protection contre les œuvres de Satan.

Le troisième enjeu est de se rappeler que tous les actes habituels du quotidien (manger, boire, aimer) sont en fait des actes sacrés, créé par Dieu. La privation est alors un moyen de les apprécier de façon renouvelée et d’être reconnaissant pour cela.

Jeûne & JudaïsmeLe Judaïsme

Selon la Torah, Dieu a fait alliance avec Abraham et lui a promis une descendance. Ainsi, son fils Isaac a eu deux fils jumeaux : Essaü et Jacob. Ce dernier, renommé Israël par Dieu lui-même a eu douze fils, dont sont issus les douze tribus du peuple d’Israël. Un peuple avec lequel Dieu a renouvelé son alliance à plusieurs reprises.

Dans la tradition hébraïque, le jeûne commémore essentiellement des moments de l’histoire au cours desquelles le peuple juif a enfreint cette alliance, en se détournant de Dieu. Le plus important est certainement Yom Kippour, qui commémore l’épisode dans la Torah où le peuple juif s’est fabriqué un veau d’or, pendant que Moïse recevait les tables de la loi, au sommet du Sinaï. Depuis, chaque année, les juifs observent dix jours de repentir, qui se terminent par le Yom Kippour : une journée sans boire ni manger, sans travail, sans bain et sans relations sexuelles. Le but de ce jour de jeûne est l’examen de conscience, l’expiation et le retour à la pureté.

La tradition juive compte cinq autres jours de jeûne, essentiellement liés au souvenir de la destruction de l’anciens temples, conséquences de la désobéissance du peuple juif. Les Sages hébraïques expliquent que ces jours de privation ne doivent pas être des jours tristes mais des jours propices à réparer les causes de cette destruction. Dans le judaïsme, l’objectif du jeûne n’est pas la souffrance mais l’intensification de l’expérience religieuse, qu’il s’agisse d’expiation des péchés ou de commémoration de tragédies historiques.

En dehors de ces jeûnes collectifs, il est aussi d’usage de jeûner individuellement le jour de l’anniversaire de la mort de son père ou de sa mère. Le but étant d’honorer leur mémoire.

Le BouddhismeJeûne & Boudhisme

Le prince Siddhartha Gautama est un chef spirituel considéré comme le premier Bouddha (L’éveillé). La communauté de moines errants qui l’a créée au 6e siècle avant Jésus-Christ est à l’origine du bouddhisme. Avant d’atteindre son illumination, le prince a mené une vie d’ascète pendant 6 ans. Une longue période pendant laquelle il ne sait que très peu alimenté.

Depuis, les bouddhistes considèrent que le jeûne favorise la méditation. Il est essentiellement pratiqué dans un cadre monastique. La plupart du temps, les moines pratiquent une forme de jeûne intermittent, en ne mangeant qu’un repas par jour. Mais ils peuvent également observer des périodes de jeûne plus longues.

Quant aux pratiquants laïcs, ils formules huit vœux au cours de la journée du Ningne hebdomadaire, dont celui de faire un jeûne à partir de midi et ce jusqu’au lendemain. Au-delà de sa fonction méditative, le jeûne est aussi considéré comme un moyen de purification, permettant d’éviter les réincarnations dans les sphères inférieures.

Jeûne & HindouismeL’Hindouisme

Plus tard dans l’histoire, l’hindouisme apparaît et se développe, essentiellement en Inde. Le jeûne est pratiqué au cours des différentes fêtes et rituels, pour des motifs différents. Dans le nord du pays, par exemple, le festival annuel du Karva Chauth est l’occasion pour les femmes mariées de jeûner pendant une journée entière. En le faisant, elles espèrent attirer la santé et la prospérité sur leur fiancé ou leur mari.

Plus généralement, les hindous pratiquent le jeûne comme une marque de dévotion envers leur divinité favorite. Cette privation de nourriture a une vocation essentiellement expiatoire, car elle vise à se libérer des péchés des générations antérieures et donc de s’extraire d’un cycle de réincarnation néfaste pour le fidèle. Plus tard, Gandhi précise également que le jeune participe à la maîtrise de sa sexualité, la faim comme le désir étant des formes variées d’appétit.

Jeûne & ChamanismeLe Chamanisme

Les traditions chamaniques sont certainement les formes de spiritualité les plus anciennes. On en retrouve des traces chez les peuples Inuits, plusieurs millénaires avant notre ère, mais aussi amérindien, Yaguas (Amazonie), chinois, toungouses (Sibérie) et même coréens. Le mot chaman (ou shaman) viens d’ailleurs de saman, qui en langue toungouse signifie « celui qui sait ».

Quand un jeune homme se sentait appelé à devenir shaman, son clan le soumettait à un rituel initiatique, dont le jeune faisait partie. Il quittait sa tribu pour aller passer un certain temps seul, en pleine nature. L’intention était de se mesurer à la rudesse des éléments, au froid, à la solitude, à la privation et à la faim. La capacité à surmonter ces épreuves était une confirmation de l’appel chamanique du jeune homme, attesté par le reste du clan. D’ailleurs, dans la mythologie nordique, Odin se serait imposé une épreuve chamanique en s’attachant neuf jours et neuf nuits à l’Arbre du monde, l’Yggdrasill, sans manger ni boire, et percé par sa propre lance. Sorti victorieux de cette expérience, il aurait acquis une sagesse inégalée et la connaissance des choses cachées, devenant ainsi le Dieu des sages et d’une certaine manière, le dieu des chamans.

Dans la tradition chamanique, le jeûne participe donc à une initiation par laquelle le futur shaman renforce son corps et son esprit, et prend l’ascendant sur ses peurs et ses désirs.

Et les autres …

Il existe encore de nombreuses religions, traditions ou philosophie qui pratiquent le jeûne d’une façon ou d’une autre. Sans chercher à être exhaustif, nous voyons bien au travers de ces quelques exemples que le jeûne revêt une dimension spirituelle évidente. Souvent, il est l’expression d’un abaissement volontaire, d’une volonté de se rendre vulnérable, de se dépouiller pour se rappeler qu’il existe plus grand que soi. Quelles que soient nos croyances (notre absence de croyances), il y a peut-être des leçons à tirer de cette dimension spirituelle.

En jeûnant, nous renonçons provisoirement à notre confort, à nos sécurités. Ainsi, en nous décentrant de nous-mêmes, nous questionnons notre sens des priorités et prenons davantage conscience de ceux qui nous entourent. Les temps de jeûne sont ainsi des moments propices à l’introspection, à la repentance comme au pardon, ou encore au retour à ce qui est essentiel. En mettant l’esprit au repos, le jeûne permet enfin un lâcher prise, une acceptation de ce qui doit arriver, et potentiellement une sérénité au-delà des circonstances.

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Source : Régénère